Le Centre d’histoire du Mémorial de Notre Dame de Lorette nous a habitué à produire des expositions originales et de grande qualité. Loin de ressasser les thèmes obligés liés à la Grande Guerre, la commissaire, Juliette Gouesnard, et son équipe, réussissent à nous surprendre par des mises en perspectives toujours surprenantes. Après les femmes, les jeux ou la BD, les visiteurs sont conviés à découvrir un thème tellement omniprésent dans la photo de guerre, qu’il en devient invisible : les ruines. Une exposition passionnante à ne pas manquer.

Les ruines : un thème classique
Thème romantique par excellence, les photos de ruines de guerre apparaissent très tôt. Les photographes des guerres de Crimée, des guerres d’Italie, de 1870, des Taïping ou des Boxer, documentent les destructions. Ils semblent fascinés par ce qu’ils fixent sur les pellicules et plaques de verre. La Grande Guerre par les villes ravagées, les paysages retournés offre un nouveau terrain d’expérimentations visuelles et narratives.
Un lexique visuel nait alors, il va irriguer les pratiques des photographes jusqu’à nos jours. On le découvre dans ce parcours qui se déroule en quatre thématiques
DOCUMENTER LA GUERRE
Créé en 1915, le service photographique de l’armée documente méthodiquement les dégâts causés par les bombardements. Des dizaines d’opérateurs ont pour mission de rendre compte des pertes matérielles et mémorielles. Mais ces campagnes ont aussi pour but de mobiliser les opinions pendant le conflit et après. Quoi de plus spectaculaire qu’un village réduit à l’état de ruines. Ces images de paysages encore jamais vu sont produites pour informer. Elles deviennent la marque irréfutables de la barbarie. La ruine photographiée se transforme en preuve, en pièce à conviction dans les actes d’accusation futurs. De Dresde rasée, aux villes ruinées de Syrie ou encore des immeubles éventrés de Kiev, ces images sont de véritables inventaires qui servent à mobiliser le public et les organisations internationales.

©Eric Bouvet

RACONTER LA VIE DANS L’APRÈS
La série prise en septembre 1945 par Richard Peter montre les destruction mais aussi le moment où la population revient dans la ruines, y vit et commence à déblayer pour reconstruire. Les civils constituent un sous motif majeur de la photo de ruines. Souvent les combattants, pas toujours, sont absents, restent alors les femmes, les enfants et les vieillards. Tous sont obligés de rester. La ruine se transforme en habitat, en abri. Avec la généralisation des bombardements urbains depuis 1914, de la Guerre d’Espagne, au Blitz, à la Tchétchénie ou à Gaza, nous nous sommes habitués à voir les gens dans les ruines. Pour les photographes locaux, comme la photographe gazaouie, Fatma Hassona, tuée dans un bombardement ciblé, documenter la vie de ses compatriotes dans la ville en ruine était un acte de résistance.

© Éric Bouvet
QUAND LA RUINE DEVIENT DISCOURS
Objet documentaire, mais aussi objet de propagande, la photo de ruines se plie à tous les discours. Depuis les innombrables photos de la cathédrale de Reims « blessé » à l’image du clocher d’Odessa détruit en 2023, ces images diffusées « à chaud » par la carte postale ou les tweet sonnent comme des armes offensives.

© Albert Moreau/ECPAD/Défense

© Ministère des Affaires intérieures de l’Ukraine
LES RUINES OU L’ESTHÉTISATION DU DÉSASTRE
Qu’elles cherchent le spectaculaire ou le documentaire, les photographies et leurs auteurs marchent dans les pas de grands artistes du genre. La ruine devient alors, recherche esthétique. Les rapports entre humains et ruines se chargent d’émotion. La ruines marquent l’absence ou le désespoir. L’humanité surgit alors du chaos quelque soit la guerre photographiée.

© Fatma Hassona
À travers cette exposition, le Mémorial 14’18 Notre-Dame-de-Lorette poursuit sa mission : éduquer au regard, offrir une compréhension sensible et éclairée de l’image de guerre, et donner à voir comment la photographie, loin d’être un simple enregistrement, participe à la construction des récits des conflits.
SILENCE APRES L’IMPACT
Photographier les ruines de guerre
Du 11 avril au 12 juillet 2026Au Centre d’histoire du Mémorial’ 14-18 Notre-Dame de Lorette









