De Sun Zi à John Boyd, de l’Antiquité à la conquête de l’espace, ce vingt et unième hors-série de « Guerres & Histoire » vous propose de découvrir vingt-deux penseurs de la guerre. Qu’ils soient célèbres comme Clausewitz et Napoléon ou méconnus comme l’amiral Aube, Galula ou Everett Dolman, tous ces hommes ont apporté une contribution majeure à la pensée stratégique, un édifice intellectuel qui se construit depuis vingt-cinq siècles. Tous représentent des points d’appui pour s’adapter à ce « caméléon qu’est la guerre », comme disait Clausewitz. Il en va de la vie et de la mort des régimes politiques, des peuples et des civilisations.

Sommaire

6 Comment (bien) penser la guerre ?
Parce que la guerre est, avec l’amour, l’autre grand mystère, mais aussi l’autre grand ressort de l’expérience humaine, l’une et l’autre ont conduit les hommes à noircir des millions de pages. Perspective cavalière sur trois millénaires d’art de la guerre. Par Benoist Bihan
Partie 1 : les penseurs anciens
14 Sun Zi pour les bleus

L’Art de la guerre. Ce traité militaire, attribué au légendaire Sun Zi, a traversé les siècles.Valérie Niquet, spécialiste de la stratégie chinoise, revient sur l’élaboration de ce texte et en décortique les principes philosophiques. Propos recueillis par Pierre Grumberg
18 Végèce : son manuel de tactique a servi plus d’un millénaire

Haut fonctionnaire du Bas-Empire, Végèce synthétise pour la première fois, et avec talent, tout le savoir militaire du tournant du Ve siècle. Mode d’emploi des légions de son temps, son œuvre ne s’en réfère pas moins au passé, ce qui en fait une source irremplaçable sur l’armée romaine. Propos recueillis par Laurent Henninger
22 La pensée stratégique byzantine
L’Empire romain d’Orient n’a pas eu ses penseurs, son Thucydide, ni son Machiavel, et pas davantage son Clausewitz. Mais s’il survit tant bien que mal jusqu’au XVe siècle, c’est qu’il peut s’appuyer sur un corpus stratégique solide et cohérent, fondé sur des bases antiques et dont l’influence se fait sentir jusqu’à l’époque moderne.Par Benoist Bihan
26 Partie 2 : les penseurs modernes
28 Montecuccoli, la culture et l’expérience

Cinquante ans à guerroyer pour le compte de l’armée du Saint-Empire romain germanique contre les Suédois, les Français, les Turcs. Un demi-siècle à fréquenter les plus grands capitaines de l’époque, Wallenstein, Tilly, Turenne, Condé… Telles sont les bases de la pensée et de l’exemple que Montecuccoli a légués à ses successeurs. Par Fadi El Hage
32 Vauban : quand un ingénieur cache un penseur

Cette illustre figure du règne de Louis XIV n’est pas que le génial bâtisseur de places fortes, passé à la postérité. Il est aussi l’artisan d’un véritable tournant dans la manière de penser la défense du territoire national. Hervé Drévillon fait revivre ce grand théoricien méconnu. Propos recueillis par Laurent Henninger
36 Frédéric II, l’autodidacte surdoué

Alors qu’il détestait la chose militaire dans sa jeunesse, Frédéric II de Prusse apprend, d’abord à contrecœur, à manier l’armée que lui a léguée son père. Il révèle alors un extraordinaire talent sans que jamais sa pensée, élaborée à chaud, n’ait été clairement théorisée. Entretien avec Thierry Widemann, spécialiste de l’histoire militaire du XVIIIe siècle. Propos recueillis par Pierre Grumberg
42 Maurice de Saxe, le maréchal allemand de Louis XV

Inconstant en amour comme dans ses allégeances, le maréchal de Saxe se révèle un talentueux commandant en chef autant qu’un théoricien marquant du XVIIIe siècle. L’homme de Fontenoy prône la combinaison des armes – le feu, le choc et la cavalerie –, le recours à la « petite guerre » et se refuse à toute gloire vaine tirée d’une bataille: son obsession, atteindre l’objectif stratégique. Entretien avec Thierry Widemann, spécialiste de la guerre au Siècle des lumières. Propos recueillis par Laurent Henninger
46 Guibert, le stratège des Lumières

Grand penseur du XVIIIe siècle, Guibert est pourtant méconnu. Visionnaire quand il entrevoit la force armée comme un outil de dissuasion, bien ancré dans son époque quand il prône une stricte séparation entre le peuple et l’armée. Thierry Widemann éclaire cette figure restée dans l’ombre de la Révolution. Propos recueillis par Laurent Henninger
50 Jomini, le tailleur du prêt-à-penser militaire

Entré dans la Grande Armée en 1805, passé aux alliés en 1813, le Suisse Antoine Henri de Jomini a vulgarisé la notion de logistique et imposé en français le terme de stratégie. Il a forgé sa pensée en observant les guerres de la Révolution et de Napoléon. Dans le match qui l’oppose à Clausewitz, Bruno Colson explique pourquoi sa postérité immédiate a été plus grande: son enseignement est plus facile à transmettre que celui du Prussien, dont l’analyse de la guerre est plus complexe et politique.
Propos recueillis par Laurent Henninger
54 Napoléon, penseur militaire ?

Le Corse génial n’a écrit aucun traité tactique ou stratégique, ni même d’histoire de ses campagnes. Pour autant, éparse dans son immense correspondance ou sous-jacente à son action, il a laissé une robuste pensée sur ce qui fait un bon général. Par Stéphane Béraud
60 Partie 3 : le XIXe siècle
62 La planète Clausewitz, 1 : Le sabre et la plume

Difficile de séparer, dans la vie de Clausewitz, la pensée de l’action. Le grand penseur a constamment écrit, griffonné, noté, commenté, analysé les événements qui se déroulaient autour de lui et auxquels il a participé bien plus que ne l’ont cru nombre de ses biographes. Par Jean Lopez
68 La planète Clausewitz, 2 : les six idées majeures
Il y a bel et bien un avant et un après Clausewitz. Le penseur prussien, en développant une véritable philosophie de la guerre, bouscule les théories de ses prédécesseurs. De son œuvre maîtresse, De la guerre, se dégagent ainsi six idées cardinales qui sont autant d’innovations. Par Benoist Bihan
76 Hans Delbrück Attrition contre anéantissement

Menée par un petit professeur qui se révélera le père de l’histoire militaire moderne, la querelle a fait rage pendant un demi-siècle dans le Reich des Hohenzollern. Alors qu’on la croyait noyée dans la boue des tranchées, elle resurgit après 1918 et ne cesse de s’étendre et de se transformer, toujours au cœur de la pensée stratégique. Par Benoist Bihan
82 Friedrich Engels, général par dérision mais véritable penseur

Pour beaucoup, Friedrich Engels est le second couteau de Marx, celui qui aura vécu dans l’ombre du maître. Pourtant, s’il est un domaine où son intérêt est plus affirmé et où sa réflexion dépasse celle du théoricien de la lutte des classes, c’est bien celui des questions militaires. Au point qu’il a servi d’initiateur aux grands chefs du mouvement ouvrier du XXe siècle. Par Laurent Henninger
Partie 4 : les contemporains
88 David Galula, prophète de la contre-insurrection

Cet officier français, fin observateur des guerres civiles grecque et chinoise, a mis en pratique ses conceptions de la contre-insurrection durant la guerre d’Algérie. Boudé par l’état-major, David Galula s’est exilé outre-Atlantique, à Harvard, où il a été redécouvert dans les années 2000 lors de la campagne américaine en Irak. Par Michel Goya
92 Alexandre Svetchine, le Clausewitz du XXe siècle

Soldat, stratège et stratégiste, Alexandre Svetchine a élaboré une œuvre complète et universelle, qui parachève celle de Clausewitz. Penseur essentiel de la stratégie au XXe siècle, premier à avoir formalisé la notion d’art opératif, il n’a, en notre nouveau millénaire, rien perdu de sa pertinence. Par Benoist Bihan
98 Beaufre, le stratégiste intégrationniste

Dans les années 1960, le général André Beaufre nourrit une pensée stratégique novatrice qui le hisse parmi les « quatre cavaliers de l’Apocalypse » théorisant l’emploi de l’arme nucléaire française. Au cœur des décolonisations et de la crise de Suez, il pense le terrorisme et la guérilla. Plus de cinquante après sa mort, le général de division Hervé Pierre nous fait redécouvrir l’homme et son œuvre.Propos recueillis par Vincent Bernard
102 Charles de Gaulle, le stratège cohérent

On retient du général de Gaulle deux grandes œuvres militaires : celle, avant-guerre, du théoricien des chars, et celle du fondateur de la Ve République portant sur les fonts baptismaux la dissuasion nucléaire. L’envergure stratégique de l’homme d’État est en réalité plus vaste. Pour lui, la réflexion sur « l’armée de métier » et la dissuasion constituent des moyens au service d’une ligne de conduite qui, du lendemain de la Grande Guerre au cœur de la guerre froide, frappe par sa constance et sa cohérence. Par Benoist Bihan
106 Partie 5 : les espaces fluides
108 Giulio Douhet, le prophète du Blitz

Le penseur italien Giulio Douhet, mort dans les années 1930, voyait dans l’arme aérienne, et notamment le bombardement des villes, un moyen décisif de remporter la victoire. Souvent citée mais aussi souvent incomprise, sa pensée reste d’une actualité brûlante. Littéralement. Entretien avec Claude d’Abzac-Epezy. Propos recueillis par Pierre Grumberg
112 Corbett, prophète de la puissance navale

Il n’est ni militaire ni même marin. Pourtant, Julian Corbett, au tournant du XXe siècle, devient un conseiller incontournable de l’Amirauté britannique. Il défend l’importance du contrôle des lignes de communication et relègue la bataille décisive au rang de simple outil parmi d’autres. Joseph Henrotin, son biographe, dresse le portrait de ce penseur de la stratégie globale. Propos recueillis par Laurent Henninger
116 L’amiral Aube et la Jeune École : la torpille à toutes faims utiles

À la fin du xixe siècle, le théoricien Hyacinthe Aube et ses émules pensent vaincre en réduisant l’ennemi à la famine grâce une offensive de torpillage sans merci. Leurs errances ont plombé la Marine de 1914. Mais leurs idées n’étaient pas absurdes, affirme l’historien Martin Motte. Propos recueillis par Laurent Henninger
120 John Boyd, le génial autodidacte

John Boyd est le plus important penseur américain de la guerre du XXe siècle. Disparu en 1997, ce pilote de chasse a révolutionné l’approche du combat aérien et bouleversé l’appréhension du commandement. Surtout, il a suscité un vaste mouvement de « réforme militaire » dont les conséquences, pas toutes positives, exercent une influence considérable sur les armées contemporaines. Par Benoist Bihan
126 À la recherche du Mahan de l’espace

Du simple point de vue des communications et de la surveillance, la guerre se joue déjà en partie « depuis » l’espace. Et il serait étonnant qu’un jour elle ne se joue pas aussi « au-dedans ». Mais qui, aujourd’hui, pense la stratégie spatiale ? Qui serait l’équivalent d’Alfred Mahan, penseur américain de la guerre navale au XIXe siècle ? Par Guilhem Penent









